Le paradoxe deep tech de Sherbrooke : une R&D de calibre mondial, une crise de commercialisation et le déficit de talents au cœur des deux

Le paradoxe deep tech de Sherbrooke : une R&D de calibre mondial, une crise de commercialisation et le déficit de talents au cœur des deux

L'Université de Sherbrooke et le centre hospitalier de recherche du CHUS ont généré 142 nouveaux brevets en 2023 et 2024. Ce résultat plaçait Sherbrooke au troisième rang au Québec pour la production de propriété intellectuelle universitaire, derrière les deux plus grandes universités de recherche de Montréal. Durant la même période, la ville n'a produit que trois entreprises dérivées soutenues par du capital de risque.

Ce ratio raconte l'histoire d'un marché où l'excellence scientifique et la maturité commerciale se sont dissociées. Les grappes sherbrookoises en photonique, dispositifs médicaux et IA clinique sont bien réelles. La recherche est financée. L'infrastructure de prototypage existe. Ce qui manque, c'est la couche de gestionnaires expérimentés, de spécialistes en navigation réglementaire et de dirigeants commerciaux capables de transformer la propriété intellectuelle en entreprises génératrices de revenus. La ville produit plus de connaissances qu'elle ne peut en monétiser, et le goulot d'étranglement est humain, non scientifique.

L'analyse qui suit examine les forces qui façonnent l'écosystème deep tech de Sherbrooke en 2026 : où se situent les véritables déficits de talents, pourquoi les méthodes de recrutement conventionnelles échouent dans un marché aussi spécialisé, et ce que les responsables du recrutement — en concurrence pour des ingénieurs en photonique, des directeurs des affaires réglementaires et des scientifiques en IA clinique — doivent comprendre avant de lancer leur prochaine recherche.

L'écosystème : une profondeur de recherche sans envergure commerciale

Le secteur technologique de Sherbrooke emploie environ 8 500 à 9 200 travailleurs en R&D, fabrication et développement logiciel. Ce chiffre représente environ 6,8 % de l'emploi total de la région de l'Estrie, selon l'Institut de la statistique du Québec. L'écosystème repose presque entièrement sur la deep tech : des entreprises dérivées à long horizon issues de la recherche universitaire et hospitalière, et non des plateformes logicielles grand public ou SaaS.

Trois grappes définissent ce marché. La photonique, ancrée par l'installation sherbrookoise d'INO et le Centre intégré de photonique du Québec (CINQ), soutient plus de 35 entreprises et sous-traitants actifs. Des entreprises comme AEPONYX, Femtum et OSI Laser Scanner conçoivent et fabriquent des composants optiques destinés aux centres de données, aux télécommunications et à la défense. La grappe a reçu 42 millions CAD en financement fédéral par le biais du Fonds stratégique pour l'innovation en 2023 et 2024 pour la fabrication de pointe.

Les dispositifs médicaux constituent le deuxième pilier. Le CHUS et la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke génèrent de six à huit nouvelles entreprises dérivées chaque année. PixCell, forte de 45 employés en imagerie de pathologie numérique, illustre le type d'entreprise en phase intermédiaire que l'écosystème produit efficacement. Zimmer Biomet maintient une équipe R&D de 60 personnes à Sherbrooke, héritage de son acquisition de 7D Surgical en 2021. Selon le rapport annuel 2024 du consortium MEDTEQ, Sherbrooke représente 12 % des dépenses en R&D de dispositifs médicaux du Québec hors Montréal.

La troisième grappe, l'IA clinique et la santé numérique, est plus modeste mais en croissance. L'Institut quantique de l'Université de Sherbrooke se concentre sur l'informatique quantique et les applications d'IA. Le Centre de recherche du CHUS (CRCHUS) emploie 120 scientifiques des données et biostatisticiens. Les startups locales en IA se concentrent sur l'analytique de la santé plutôt que sur les produits logiciels horizontaux. La R&D en technologies propres et en stockage d'énergie existe au niveau universitaire, notamment en matériaux de batteries, mais les entreprises dérivées commerciales n'ont atteint ni la densité ni la vélocité de financement de la photonique ou du medtech.

Pour les organisations qui évaluent le recrutement de dirigeants dans les secteurs de la santé et des sciences de la viecom/fr/healthcare-life-sciences), Sherbrooke présente un profil inhabituel : une véritable capacité scientifique au sein d'un marché trop restreint pour alimenter le pipeline de talents commerciaux que sa propre production exige.

142 brevets, 3 startups : l'échec de la commercialisation qui définit ce marché

La tension centrale du secteur technologique de Sherbrooke n'est pas un manque d'idées. C'est un manque de personnes capables de transformer ces idées en entreprises.

La production de propriété intellectuelle de l'Université de Sherbrooke se classe au troisième rang de la province, selon le rapport 2024 du Réseau Trans-techqc.ca/). Les chercheurs de l'institution produisent des innovations brevetables à un rythme qui serait impressionnant dans une ville cinq fois plus grande. Pourtant, la conversion de brevets en entreprises soutenues par du capital-risque a calé. Trois entreprises dérivées financées en deux ans, contre 142 brevets : un taux de commercialisation qui préoccuperait toute autorité de développement économique régional.

L'hypothèse selon laquelle le volume de brevets prédit la création de startups ne se vérifie pas ici. Et pour cause : le goulot d'étranglement ne se situe pas au stade de l'invention, mais à celui de la gestion. Convertir un brevet en entreprise finançable exige une expertise en affaires réglementaires pour concevoir le parcours vers le marché. Cela exige un VP Ingénierie ayant déjà fait passer un produit matériel du prototype à la fabrication. Cela exige un leader commercial capable de présenter le projet à des investisseurs institutionnels à Montréal, Toronto ou Boston. Ces profils sont rares partout. Dans un marché secondaire de 170 000 habitants, ils sont quasi inexistants dans le bassin de main-d'œuvre local.

Le désert du capital de risque aggrave le déficit de talents

Les startups basées à Sherbrooke ont reçu 18 millions CAD en investissement total de capital de risque en 2023, contre 1,2 milliard $ pour Montréal, selon le rapport 2024 de l'Association canadienne du capital de risque. Autrement dit, Sherbrooke a capté moins de 3 % du déploiement de capital de risque du Québec, bien qu'elle abrite la troisième plus grande université de recherche de la province.

L'absence de fonds de capital de risque locaux dédiés impose une dépendance envers des instruments provinciaux comme Investissement Québec et des investisseurs stratégiques d'entreprise. Ces sources se déploient lentement. Une entreprise medtech sherbrookoise confrontée à 18 à 24 mois de délais d'approbation de Santé Canada ou de la FDA et à des coûts réglementaires de 500 000 $ à 1,5 million $ avant de générer le moindre revenu ne peut pas se permettre un partenaire financier qui prend six mois pour conclure un tour de financement. Le résultat est une « vallée de la mort » entre le financement d'amorçage de 500 000 $ à 2 millions $ et les tours de série A de 5 millions $ ou plus, où les entreprises prometteuses stagnent, déménagent à Montréal ou acceptent des conditions qui diluent les fondateurs avant même d'atteindre le stade des revenus.

Cette contrainte de capital façonne directement le problème de talents. Les startups qui ne parviennent pas à boucler un tour de série A ne peuvent pas offrir les enveloppes de rémunération nécessaires pour recruter des gestionnaires expérimentés depuis Montréal ou Toronto. Le coût caché de l'échec à recruter le bon dirigeantdans un environnement contraint en capital ne se résume pas à une mauvaise embauche. C'est la différence entre une entreprise qui atteint la commercialisation et une autre qui demeure indéfiniment un projet de recherche.

Pourquoi les pénuries de talents de Sherbrooke diffèrent de celles de Montréal

Chaque marché technologique canadien signale des difficultés d'embauche. Ce qui rend les pénuries de Sherbrooke structurellement distinctes, c'est l'intersection d'une spécialisation extrême et d'un isolement géographique. La ville ne fait pas face à des pénuries génériques d'ingénieurs. Elle fait face à des pénuries dans quatre catégories hyperspécialisées où le bassin mondial de talents est restreint et où Sherbrooke est en concurrence directe avec Boston, la Silicon Valley et Montréal pour les mêmes candidats.

Ingénieurs en photonique : un ratio passif de 1:12

L'ingénierie en photonique, en particulier la conception de MEMS et l'encapsulation en photonique sur silicium, figure parmi les marchés de talents les plus passifs au Canada. L'étude sectorielle 2023 de TechnoCompétences sur la photonique estimait un ratio actif-passif de 1:12. Pour chaque ingénieur en photonique visiblement en recherche d'emploi, douze sont en poste, productifs et ne consultent pas les sites d'offres.

La conséquence pratique est éloquente. Selon un reportage de La Tribune de mars 2024, AEPONYX a maintenu un poste d'ingénieur optique sénior ouvert pendant 11 mois entre fin 2023 et mi-2024. Le poste exigeait une expertise en photonique sur silicium et en encapsulation, concentrée à Montréal, Ottawa et dans la baie de San Francisco. Il a finalement été pourvu en relocalisant un ingénieur canadien depuis San Jose, pour un coût de 15 000 $ en frais de relocalisation et une prime salariale de 20 % au-dessus du budget initial.

Ce schéma n'est pas exceptionnel. Il est typique. Les entreprises de photonique de Sherbrooke recrutent à l'Université Laval à Québec, dans le réseau d'anciens d'INO, et de plus en plus dans des bassins internationaux en France et en Belgique. Aucune donnée disponible ne vient étayer l'idée que ces postes puissent être pourvus par des annonces d'emploi conventionnelles. Les entreprises qui recourent à des méthodes de chasse de tête directe conçues pour atteindre les candidats passifs surpassent systématiquement celles qui s'appuient sur la publication d'offres et les candidatures entrantes dans des marchés aussi spécialisés.

Affaires réglementaires en dispositifs médicaux : le poste pour lequel personne ne forme

Les directeurs des affaires réglementaires cumulant 10 ans ou plus d'expérience en soumissions à la FDA et à Santé Canada présentent un ratio actif-passif de 1:8, selon le rapport 2024 de Hays sur le marché des sciences de la vie. Le taux de chômage dans cette catégorie se situe sous les 2 %. L'ancienneté moyenne dépasse 4,5 ans. Les candidats circulent via des réseaux de recommandation et la chasse de tête de cadres. Ils ne postulent pas à des offres d'emploi.

Le rapport du Comité sectoriel des sciences de la vie de TechnoCompétences a documenté un schéma cohérent de débauchage intensif au sein du petit marché sherbrookois. Le transfert d'un directeur des affaires réglementaires entre des entreprises medtech locales début 2024 a nécessité une augmentation salariale de 28 %, de 142 000 $ à 182 000 $ de base, assortie d'une flexibilité de télétravail. Le candidat avait reçu des offres concurrentes de deux entreprises montréalaises. Le coût de la rétention des talents réglementaires à Sherbrooke a augmenté plus vite que la capacité de l'écosystème local à l'absorber.

Comprendre pourquoi les recherches de dirigeants échouent dans les marchés spécialisés commence par la reconnaissance de cette dynamique. Le bassin de talents n'est pas simplement restreint. C'est un réseau fermé où chaque praticien sénior est connu de chaque employeur, et où chaque mouvement entraîne une prime qui s'amplifie à chaque embauche successive.

Scientifiques des données cliniques et techniciens de fabrication de pointe

Le CRCHUS emploie 120 scientifiques des données et biostatisticiens. Cette concentration crée une dépendance envers un employeur unique qui fragilise l'ensemble du marché. Les responsables en IA clinique et en science des données possédant des titres MD/PhD ou une expérience en essais cliniques affichent un ratio passif de 1:6. Le taux de chômage des spécialistes en TI de la santé au Québec avoisine les 2,1 %. Les entreprises recrutent ces candidats lors de conférences universitaires plutôt que via LinkedIn.

Les techniciens de fabrication de pointe — machinistes CNC, polisseurs d'optique de précision et opérateurs de salles blanches — font face à des contraintes différentes mais tout aussi aiguës. Les compétences sont manuelles et expérientielles. Elles ne s'acquièrent pas en six mois de formation accélérée. L'attrition liée aux départs à la retraite en Estrie, où 22 % des résidents ont 65 ans ou plus contre une moyenne provinciale de 18 %, élimine les techniciens expérimentés plus vite que les programmes d'apprentissage ne peuvent les remplacer.

Le problème de gravité montréalaise

Montréal attire annuellement 35 à 40 % des diplômés en génie et en informatique de Sherbrooke, selon l'enquête 2023 sur le placement des diplômés de l'Université de Sherbrooke. Il s'agit de la contrainte structurelle la plus lourde pesant sur l'écosystème technologique de Sherbrooke. Ce n'est pas un phénomène cyclique. C'est une force d'attraction démographique.

L'écart salarial en explique une grande partie. Le guide salarial 2024 de Randstad pour la technologie et l'ingénierie a documenté une prime de rémunération de 18 à 25 % à Montréal pour des postes d'ingénierie équivalents. Les grandes entreprises comme CAE, Autodesk et Unity offrent des parcours de carrière de niveau VP que l'écosystème de PME de Sherbrooke ne peut égaler. Même lorsque les coûts du logement à Montréal dépassent de 30 à 40 % ceux de Sherbrooke, la prime salariale aboutit souvent à un revenu disponible comparable pour les candidats seniors.

Mais la rémunération ne représente que la moitié de l'équation. Les couples à double carrière font face à un marché de l'emploi très limité pour le conjoint à Sherbrooke. C'est le facteur que les responsables du recrutement de la région sous-estiment systématiquement. Un ingénieur en photonique peut être attiré vers la AI & Technology avec un poste attrayant et une rémunération compétitive. Si son conjoint ne parvient pas à trouver un emploi professionnel équivalent dans une ville de 170 000 habitants, l'embauche ne tiendra pas deux ans.

Montréal n'est pas le seul concurrent. Québec attire les talents en photonique et en défense avec un coût de la vie similaire mais un secteur de contrats gouvernementaux plus important. Toronto offre des salaires en fintech de 35 à 50 % supérieurs à ceux de Sherbrooke pour les professionnels en IA et en apprentissage automatique. Boston et Cambridge, pour les cadres séniors en affaires réglementaires et cliniques du medtech, proposent des enveloppes en USD de 200 000 $ à 300 000 $ ou plus, soit une prime de 40 à 60 % par rapport à ce que les entreprises sherbrookoises peuvent offrir. Selon le Industry Snapshot 2024 de MassBio, cet écart alimente un exode persistant des cerveaux au niveau VP.

L'implication pratique pour la cartographie des talents dans les marchés concurrentiels est que les recherches à Sherbrooke ne peuvent pas se limiter à Sherbrooke. Toute recherche crédible d'un VP Ingénierie, d'un directeur scientifique ou d'un directeur des affaires réglementaires doit couvrir Montréal, Québec, Toronto, et dans bien des cas le nord-est des États-Unis. Le coût d'ignorer les bassins de candidats externes n'est pas une embauche sous-optimale. C'est l'absence totale d'embauche.

Rémunération en 2026 : l'argument de l'abordabilité s'érode

L'argumentaire traditionnel de Sherbrooke auprès des employeurs et des recrues a toujours été l'abordabilité. Le logement coûte 35 % de moins qu'à Montréal, selon les données Centris/APCIQ du début 2025. Les espaces de bureaux au Parc industriel ou au DISTRICT INNOVANT sont nettement inférieurs aux tarifs montréalais. Pour une startup qui surveille son horizon de trésorerie, ces économies comptent.

Le problème est que la composante salariale de l'équation a évolué en défaveur de Sherbrooke plus rapidement que l'avantage du coût de la vie ne peut le compenser. L'écart salarial pour les ingénieurs séniors en photonique et en IA est passé de 30 % en 2019 à 18 % en 2024, selon les guides salariaux comparatifs de Randstad. Cette compression s'est produite alors que la productivité par travailleur de Sherbrooke restait inférieure à celle de Montréal — conséquence de la taille réduite des entreprises et de délais de commercialisation plus longs. La proposition de valeur fondée sur l'abordabilité s'érode plus rapidement que les gains de productivité ne peuvent le justifier.

Pour les candidats qui évaluent une offre sherbrookoise face à des opportunités concurrentes, le calcul de négociation a changé. Un ingénieur sénior comparant un poste à Sherbrooke à 165 000 $ avec une offre montréalaise à 195 000 $ constate un écart plus étroit qu'il y a cinq ans. En revanche, le coût d'opportunité de carrière lié au travail dans une startup de 30 personnes plutôt que chez un grand employeur montréalais, lui, n'a pas bougé.

Les références de rémunération pour les postes de dirigeants les plus critiques à Sherbrooke en 2026 reflètent cette tension :

Un VP Ingénierie ou CTO en medtech ou matériel commande 210 000 $ à 265 000 $ CAD de base avec 25 à 40 % en incitatifs à long terme ou en participation au capital. Un directeur des affaires réglementaires et de l'assurance qualité se situe à 175 000 $ à 220 000 $ de base au niveau exécutif. Un directeur scientifique en photonique ou en matériaux commande 190 000 $ à 240 000 $ de base plus une participation significative au capital dans les startups. Un responsable IA ou apprentissage automatique en santé gagne 125 000 $ à 155 000 $ au niveau spécialiste sénior, montant à 175 000 $ à 210 000 $ au niveau VP.

Ces chiffres sont compétitifs au sein des marchés secondaires du Québec. Ils ne le sont pas face à Montréal, Toronto ou Boston. Toute stratégie de recherche qui ne tient pas compte de cette réalité — et qui ne construit pas une proposition allant au-delà du salaire de base pour inclure le potentiel de valorisation du capital, l'alignement sur la mission et la qualité de vie — échouera dans ce marché. Les candidats qui pourraient gagner davantage ailleurs ont besoin d'une raison qui n'est pas purement financière. Cette raison doit être articulée avant la première conversation, et non improvisée lors d'une négociation d'offre.

La synthèse originale : le problème de Sherbrooke n'est pas une pénurie de talents. C'est une couche professionnelle manquante.

La lecture conventionnelle des données d'embauche de Sherbrooke pointe vers une pénurie de talents : pas assez d'ingénieurs en photonique, pas assez de spécialistes réglementaires, pas assez de scientifiques des données cliniques. Cette lecture est exacte, mais incomplète.

Le problème plus profond est l'absence d'une couche professionnelle entière. Entre les chercheurs de calibre mondial de l'Université de Sherbrooke et les entreprises en phase de démarrage qui tentent de commercialiser leurs travaux, il devrait exister une cohorte de gestionnaires expérimentés : des personnes ayant déjà fait passer un produit à travers l'approbation réglementaire, mis à l'échelle la fabrication, bouclé un tour de série A et géré une équipe d'ingénierie de 50 personnes. À Montréal, cette couche existe. À Boston, elle est dense. À Sherbrooke, elle est presque entièrement absente.

Ce n'est pas un problème de recrutement que l'on peut résoudre en publiant davantage d'offres ou en augmentant les salaires de façon incrémentale. C'est un problème de construction de marché. Les 142 brevets et trois entreprises dérivées ne sont pas la preuve d'une innovation insuffisante. Ils sont la preuve que l'innovation sans leadership commercial expérimenté produit de la propriété intellectuelle, pas des entreprises. Les chercheurs font leur travail. Les institutions les financent. Le déficit porte sur l'infrastructure humaine : les VP, les CTO, les directeurs réglementaires et les cadres commerciaux qui savent comment bâtir une organisation autour d'une technologie.

Cette couche manquante explique pourquoi la dynamique des contre-offres à Sherbrooke est si intense. Quand une ville ne compte que trois personnes capables d'occuper le poste de VP Ingénierie en medtech, en perdre une au profit d'un concurrent montréalais ne crée pas un simple poste vacant. Cela crée un déficit de compétences qu'aucune promotion interne ne peut combler, parce que l'expérience requise n'existe pas localement. L'entreprise qui perd cette personne n'a pas simplement besoin d'un recruteur. Elle a besoin d'accéder à un réseau de candidats qui s'étend bien au-delà de la région.

Ce que cela signifie pour les responsables du recrutement ciblant Sherbrooke

L'écosystème technologique de Sherbrooke aborde 2026 avec un véritable élan. L'expansion du Campus de la santé numérique ajoutera 35 000 pieds carrés d'espace de laboratoire humide d'ici le milieu de l'année. Les investissements fédéraux en stratégie de défense affluent vers les entreprises de photonique et de simulation. Une ou deux entreprises de photonique pourraient envisager une OPV ou un placement privé majeur si les conditions de marché le permettent. Le Développement économique de l'Estrie projette une croissance de l'emploi sectoriel de 4 à 5 % jusqu'en 2026.

Mais la croissance dans un marché aussi contraint exige une approche de recrutement fondamentalement différente. Les postes qui comptent le plus à Sherbrooke — directeurs réglementaires, vice-présidents Ingénierie, spécialistes en photonique, responsables en science des données cliniques — sont massivement occupés par des candidats passifs. Les ratios actif-passif dans ces catégories varient de 1:6 à 1:15. Les annonces d'emploi conventionnelles n'atteignent, au mieux, que la fraction visible. Les 85 à 94 % restants de candidats qualifiés doivent être identifiés, cartographiés et approchés directement.

Les délais de recherche à Sherbrooke reflètent cette réalité. Une recherche d'ingénieur en photonique dans ce marché dure typiquement quatre à six mois de plus qu'une recherche comparable d'ingénieur logiciel à Montréal. Une recherche de directeur des affaires réglementaires dépasse régulièrement neuf mois lorsqu'elle est menée par les canaux traditionnels. Les entreprises qui abordent ces recherches avec les mêmes méthodes et les mêmes délais que pour des postes d'ingénierie générale dans des marchés plus grands obtiendront le même résultat qu'AEPONYX : près d'un an de poste vacant avant qu'une relocalisation transcontinentale ne résolve le problème moyennant une prime de 20 %.

L'approche de KiTalent pour des marchés comme Sherbrooke est conçue spécifiquement pour relever ce défi. En déployant une cartographie des talents assistée par l'IA à travers les bassins de candidats passifs, en identifiant des professionnels qualifiés à Montréal, Québec, Toronto et sur les marchés internationaux, et en présentant des candidats prêts pour l'entretien sous 7 à 10 jours, nous comprimons des délais qui s'étirent habituellement sur plusieurs trimestres. Notre modèle de facturation à l'entretien signifie que les organisations n'investissent que lorsqu'elles rencontrent des candidats qualifiés, éliminant le risque du retainer initial qui pèse lourdement sur les startups aux ressources limitées.

Avec un taux de rétention à un an de 96 % pour les candidats placés et une méthodologie conçue pour atteindre les 80 % de professionnels séniors qui n'apparaissent jamais sur un site d'emploi, KiTalent fait le lien entre la production scientifique de Sherbrooke et le leadership commercial nécessaire pour la convertir en entreprises durables.

Pour les organisations en concurrence pour le leadership en photonique, medtech et IA clinique dans l'écosystème deep tech de Sherbrooke — où les candidats capables de transformer votre R&D en entreprise finançable ne vous cherchent pas — engagez la conversation avec notre équipe d'Executive Search sur notre approche de ce marché.

Foire aux questions

Quels types d'entreprises technologiques opèrent à Sherbrooke, au Québec ?

Le secteur technologique de Sherbrooke se concentre sur la deep tech plutôt que sur les logiciels grand public. Trois grappes principales animent l'écosystème : la photonique (35+ entreprises ancrées par INO et CINQ, desservant les marchés des télécommunications et de la défense), les dispositifs médicaux (six à huit nouvelles entreprises dérivées par an issues du CHUS et de l'Université de Sherbrooke), et l'IA clinique et la santé numérique (startups en analytique de la santé et l'équipe de 120 scientifiques des données du CRCHUS). Le secteur emploie 8 500 à 9 200 travailleurs. La R&D en stockage d'énergie et en technologies propres existe au niveau universitaire, mais a produit moins d'entreprises dérivées commerciales que la photonique ou la medtech.

Pourquoi est-il difficile de recruter des ingénieurs en photonique à Sherbrooke ?

L'ingénierie en photonique, en particulier la conception de MEMS et l'encapsulation en photonique sur silicium, figure parmi les marchés de talents les plus passifs au Canada. TechnoCompétences estimait un ratio actif-passif de 1:12, ce qui signifie que seulement un professionnel qualifié sur treize est visiblement en recherche d'emploi. L'expertise se concentre à Montréal, Ottawa et dans la Silicon Valley. Les entreprises de Sherbrooke doivent recruter à l'échelle nationale ou internationale, en absorbant souvent des frais de relocalisation et des primes salariales de 20 % ou plus. Les offres d'emploi conventionnelles n'atteignent qu'une fraction négligeable du bassin qualifié. Les entreprises qui utilisent la chasse de cadres directe pour identifier les candidats passifs pourvoient systématiquement ces postes plus rapidement.

Comment les salaires technologiques de Sherbrooke se comparent-ils à ceux de Montréal ?

Montréal offre une prime salariale de 18 à 25 % pour des postes d'ingénierie équivalents, selon les données salariales 2024 de Randstad. Cet écart s'est réduit par rapport aux quelque 30 % de 2019, ce qui signifie que l'avantage relatif d'abordabilité de Sherbrooke pour les employeurs diminue. Au niveau exécutif, un VP Ingénierie en medtech à Sherbrooke gagne 210 000 $ à 265 000 $ CAD de base, tandis que les équivalents montréalais commandent des enveloppes plus élevées avec des parc

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